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COMMENT LA PHILOSOPHIE POUR ENFANTS PRÉVIENT LA VIOLENCE?La philosophie
La question qui est soulevée ici, à savoir si la philosophie, ou plus particulièrement la pratique de la philosophie peut réduire la violence, nous ramène aux sources même de cette discipline. Un retour sur l'histoire de la philosophie occidentale nous permet de constater que le projet initial de cette discipline a été de réduire la violence, de pacifier existence et société.
Cette quête philosophique a pu, dans certaines circonstances et à certaines époques, s'enfoncer dans une abstraction trop loin de la vie pour avoir cet impact pacificateur. Mais son intention première est toujours demeurée la même : comprendre le monde, l'être humain et la vie. Cet effort de compréhension, et nous pourrions ajouter de recherche de sens de la vie humaine, a guidé les êtres humains dans leur vécu individuel et dans leur vécu collectif. De ce fait, la question de l'usage de la violence pour satisfaire ses aspirations personnelles et collectives a toujours été présente.
Admettons que la philosophie se soit abondamment consacrée à réfléchir à la violence, cela est-il garant d'une action réductrice de la violence? Socrate, et par la suite Platon, croyaient que l'être humain faisait le mal par ignorance. Il s'agissait donc de l'éduquer correctement pour qu'il fasse le bien. Cette prise de position philosophique n'a pas toujours été confirmée par les faits : des êtres cruels, conscients de ce qu'ils faisaient, ne se sont pas empêchés d'agir même s'ils savaient le mal qu'ils allaient causer. Dans ce qui précède, changeons l'idée de mal par l'idée de violence et nous en arrivons à un premier constat : notre compréhension du monde, des humains et de la vie que propose la philosophie n'est pas garante d'un comportement non violent.
Ne pourrions-nous pas dire alors que la pratique de la philosophie, dans sa quête de compréhension, ne réduit pas nécessairement la violence, mais qu'une réduction de la violence nécessite une pratique de la philosophie? Pour essayer de répondre à cette question, revenons au projet philosophique de Socrate, de Platon, d'Aristote, et de bien d'autres après eux : éduquer les gens. De quelle éducation s'agit-il lorsqu'on parle de philosophie?
Deux grandes orientations ont guidé le projet éducatif en philosophie : l'apprentissage du bonheur individuel, nommé parfois sagesse, et l'apprentissage de la vie en communauté, nommé justice. Les philosophes se voulaient des guides pour aider les gens à devenir conscients de ce qui faisait leur bonheur individuel et leur bonheur collectif. En philosophant, les gens étaient amenés à clarifier les valeurs sous-jacentes à leurs actions. En devenant un peu plus conscients de la portée de leurs actes, était-il pensable que certaines personnes aient moins recours à la violence? Si le contenu philosophique conduit tout un chacun à regarder la violence, c'est dans le processus éducatif même qu'il y aurait différence d'une personne à l'autre dans l'acquisition de comportements moins violents.
Le processus éducatif en philosophie exige une méthode d'investigation et de délibération ou d'argumentation. Et cette méthode vise à nous aider à mieux penser. Le « mieux penser » ici n'a pas de dimension morale mais cognitive.
Afin de mieux penser, nous devons acquérir certaines habiletés à l'argumentation, comme le sens critique et l'ouverture à la diversité. De la sorte, on raffine son jugement devant les différentes situations de la vie. Argumenter sous-entend aussi la rencontre avec autrui et suppose que je sois capable de justifier, de manière raisonnable, mes actions aux yeux des autres. En ce sens, la philosophie me guide dans l'apprentissage de mettre des mots sur ce que je vis, de dialoguer avec moi-même à travers la réflexion, et par extension, à dialoguer avec les autres.
Le dialogue, voilà une autre méthode essentielle à la pratique de la philosophie. Dialoguer, c'est d'abord reconnaître à l'autre le droit d'exprimer sa pensée, de penser différemment. Le dialogue se passe entre deux êtres libres et respectueux de trouver ensemble une pensée commune qui aille plus loin que la pensée de chacun. Le dialogue, dans sa forme même, nécessite un climat d'échange pour explorer l'inconnu ou régler un différend. Mais on ne peut pas forcer quelqu'un à dialoguer. Si le dialogue offre une alternative à la violence, de même que le développement d'habiletés à « mieux penser », il faut que la personne soit, au départ, consentante à participer à ce processus éducatif. D'exposer quelqu'un à ce processus dans une structure éducative, c'est un bon début, mais ce n'est pas une garantie de succès.
Des philosophes comme Descartes et Kant ont cru que si tous les humains utilisaient adéquatement leur raison, ils ne pourraient faire autrement que d'arriver à des conclusions similaires et donc à faire des choix valables pour l'ensemble des humains. Pourtant, dans nos sociétés qui se veulent si avisées dans leurs tentatives de rationalisation, la confrontation violente demeure pourtant présente. Avons-nous au moins fait quelques progrès à ce sujet depuis la naissance de la philosophie? Il nous semble que oui, mais la marche est encore longue pour donner à tous les humains des chances égales.
Plusieurs penseurs, à travers les siècles, ont affirmé qu'il y avait chez l'humain quelque chose d'universel, et que cet universel devenait visible sous la lumière de la raison. De manière plus pragmatique, nous dirions que les humains doivent tomber d'accord sur un minimum de choses pour bien vivre ensemble. Il y aurait donc une manière de réfléchir et d'agir qui serait meilleure que d'autres. Et si cette manière était bien intégrée au processus éducatif de nos sociétés, verrions-nous une meilleure maîtrise de la violence? Serions-nous alors sur la bonne voie pour que la pratique de la philosophie amène une certaine réduction de la violence?
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